8 janvier 2015, obsèques de Robert Chambeiron.

par François BERNIGAUD ~ February 1, 2015

Une réflexion en écoutant l’émission l’Esprit public du 25 janvier 2015.

Cher Oncle Philippe,
Je viens d’écouter en différé l’émission de dimanche dernier. C’était la troisième depuis les “événements”, Jean-Louis Bourlange avait justement noté lors de la première qu’il y avait un temps pour l’émotion qui se prêtait mal à l’exercice d’analyse “à froid” qu’est l’émission.
Nous étions bien revenus dans l’analyse en ce dimanche 25, mais lorsque le mot “pacte républicain” a été prononcé, je me suis souvenu de cet autre événement du 8 janvier 2015 :
Les événements désormais dits du 11 janvier ont ôté toute visibilité à cet autre événement qu’est la disparition de Robert Chanmbeiron, l’un des derniers survivants du Conseil National de la Résistance. Heureusement François Hollande a maintenu sa participation à la cérémonie des obsèques, malheureusement les medias l’ont peu rapporté et n’ont pas fait le lien nécessaire entre les deux événements.
Chaque fois qu’un ancien membre du CNR nous quitte, je pense que nous arrivons à la fin d’un grand cycle du système de valeurs sur lequel reposait la société française.
Notre système de valeurs est un champ de ruines, comme il l’était pour les survivants de 1945. Ils ont su en faire le terreau d’un nouveau consensus républicain, qui nous a portés jusqu’à aujourd’hui. Rien n’est éternel, notre société a connu des évolutions importantes, tout a une fin, nous ne cessons d’enterrer des derniers survivants, mais la question est : saura-t-on retrouver les termes d’un nouveau consensus républicain sans connaitre un grand cataclysme ?
Dans une vision pessimiste on pourrait penser que, au moins depuis les années 80 les éléments de ce consensus ont été démontés pièce par pièce, à preuve la montée de la précarité, l’acccroissement effrayant de l’écart de revenu entre les plus pauvres et les plus riches. Des termes comme service public, (l’esprit public n’en parlons pas), redistribution, progressivité, collectivité et bien d’autres qui concrétisaient la devise de la République “Liberté, Egalité, Fraternité” ont progressivement disparu de notre vocabulaire.
Pourtant rien n’indique que nous ne soyons pas capables de reconstruire un système de valeur capable de porter notre vision de l’avenir pour nos concitoyens et ceux qui viendront après nous. Une condition expresse est bien sûr de bien connaitre cette histoire récente et tous les grands jalons (1789, d’autres, peut-être mai 68 ?) qui ont permis de mettre les valeurs au dessus de tout et tracer un horizon. (Je mentionne ici le débat sur le projet de soumettre les allocations familiales à condition de ressource, très symptomatique d’une méconnaissance de l’histoire récente, particulièrement de la part de députés PS, qui montre que notre société n’est plus capable de poser des actes simplement pour des raisons symboliques ou affirmer ses valeurs (ici la politique nataliste qui peut/doit par ailleurs être réinterrogée dans le monde mondialisé))
Curieusement c’est souvent dans l’univers des nouvelles technologies et du numérique que l’on perçoit les premiers signaux de ce réveil. C’est par exemple dans la réflexion sur le logiciel libre que l’on ose de nouveau prononcer des mots comme “bien public” et de demander si les investissements financés par l’argent public ne doivent pas constituer un patrimoine public. C’est dans cet l’univers de l’internet que se développent des réflexions très intéressantes et très contemporaines sur la liberté, les pratiques démocratiques, la prise de décision la construction du projet politique, bref la gestion de la cité. Le thème de la frugalité émerge, c’est une manière nouvelle de dire que l’homme ne vit pas de pain seulement.
La fin de quelque chose est nécessairement le début d’autre chose, osons penser que le 11 janvier et le vent qu’il a fait souffler sur notre pays soit le signal de la reconstruction d’un système de valeurs pour le XXI° siècle.
Le ciel nous tiendra-t-il en joie ?

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